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«Avec l'aimable autorisation de l'éditeur du magazine Vitalité Québec»
Depuis quelques années déjà, il semble y avoir une médiatisation de plus en plus importante en ce qui a trait aux cyanobactéries. Il semble que ceci soit normal, étant donné les nombreux effets négatifs que peuvent causer les cyanobactéries. En effet, ces dernières dérangent l’équilibre écologique des écosystèmes atteints et détériorent de par le fait même leur apparence. Elles peuvent aussi causer des problèmes de santé chez les humains et les animaux en raison de leur potentiel toxique. De plus, cette problématique n’est pas unique au Québec : il semble y avoir de plus en plus de cas partout dans le monde. Étant donné la nature sérieuse du sujet, il semble normal de bien comprendre le dossier. Ce guide léger vous expliquera ce que sont les cyanobactéries, leur origine dans nos lacs et les solutions envisageables.
Qu’est-ce qu’une cyanobactérie?
Le terme le dit; les cyanobactéries sont des bactéries. Elles sont aussi appelées « algues bleues », car ces dernières ont des caractéristiques semblables à celles des algues. En effet, ces organismes sont capables, via des pigments photosynthétiques, de faire de la photosynthèse. À titre d’information, ces réactions chimiques convertissent l’énergie solaire et le dioxyde de carbone en énergie chimique et en oxygène. Ce serait d’ailleurs ces mêmes cyanobactéries à qui l’on doit la concentration actuelle en oxygène et par le fait même de la couche d’ozone. Effectivement, selon les plus récentes études archéologiques, il semblerait que les cyanobactéries soient les plus anciennes formes de vie, datant de plus de 3,8 milliards d’années. Une autre caractéristique hors du commun est leur aptitude évolutive : elles se trouvent presque partout sur le globe, même dans les environnements les plus extrêmes. Il est donc normal de les trouver dans la majorité des lacs en petite quantité. Le fait qu’un lac semblant tout à fait normal puisse contenir des cyanobactéries est dû à leur taille microscopique, les rendant non visibles à l’œil nu. Ce qui n’est pas habituel, c’est de voir des fleurs d’eau de cyanobactéries. Ces fleurs d’eau sont présentes quand la densité des cyanobactéries est si grande que le phénomène devient visible à l’œil nu (dizaine de milliers à plusieurs millions de cellules par millilitres d’eau). Si vous tentez d’identifier ces fleurs d’eau, sachez qu’elles ressemblent à une soupe de particules ayant l’air de petits pois, de brocolis ou de peinture de couleur verte ou turquoise. Somme toute, il est assez difficile de bien identifier la présence de ces fleurs d’eau de cyanobactéries. Vous pouvez utiliser le guide d’identification des fleurs d’eau de cyanobactéries fourni par le gouvernement du Québec.
Pourquoi ces fleurs d’eau sont-elles présentes?
Pour pouvoir prospérer, tout organisme se doit d’avoir assez d’éléments nutritifs. Dans le cas des plantes et des algues, certains éléments sont plus difficiles que d’autres à obtenir. Le phosphore et l’azote, notamment, sont très peu bio disponibles (disponibles en très petite concentration pour les organismes) et sont très importants pour le développement cellulaire; ces caractéristiques font de ces éléments des nutriments limitant. Il est donc facile de comprendre que plus les végétaux reçoivent de phosphore ou d’azote, plus il sera facile pour eux de produire de la biomasse. Si le nombre de lacs atteints par les fleurs d’eau de cyanobactéries est présentement en hausse dans le monde, c’est bien à cause de la présence de l’homme. Effectivement, plusieurs de nos activités injectent une quantité non négligeable d’éléments limitant. Les fertilisants et les engrais utilisés en agriculture contiennent beaucoup de ces éléments et sont souvent lessivés vers les cours d’eau. En fait, la situation est la même pour tous les fertilisants et engrais, qu’ils soient pour l’agriculture ou pour la maison. Ceci inclut les fertilisants et engrais dits bio, verts ou le compost, car ils contiennent tous les mêmes éléments. En accumulant une forte dose d’éléments limitants (une dose souvent plus forte que le potentiel d’élimination dans les sédiments), il y a eutrophisation des lacs. Ceci veut dire qu’il y a une prolifération excessive de biomasse entraînant une baisse d’oxygène, une baisse de biodiversité ainsi qu’un vieillissement prématuré du plan d’eau. Au fur à mesure que les algues, cyanobactéries et autres végétaux consomment tous les éléments limitant, les cyanobactéries deviennent de plus en plus dominantes. La raison? Elles sont les seules qui peuvent fixer biologiquement l’azote atmosphérique et donc peuvent continuer de se reproduire en absence de cet élément. Finalement, avec le développement de ces fleurs d’eau de cyanobactéries, viennent toutes les conséquences négatives, notamment la production de toxines pouvant intoxiquer les humains et plusieurs autres animaux.
Y a-t-il des solutions au problème?
Comme la problématique vient d’une injection massive d’éléments nutritifs comme le phosphore et l’azote, il est aisé de constater qu’une diminution ou l’arrêt complet de ces rejets est nécessaire. Si vous habitez près d’un cours d’eau, la meilleure solution reste l’installation d’une bande riveraine. Cette dernière est en fait une bande de végétation naturelle composée d’herbacées, d’arbustes et d’arbres. Selon la politique de protection des rives, du littoral et des plaines inondables, cette bande doit être d’une longueur de 10 mètres ou 15 mètres dans le cas où la pente est de plus de 30 % à partir du point où l’eau monte à son maximum. Ces bandes riveraines, peu importe le milieu, offrent plusieurs avantages. En effet, elles offrent une filtration supplémentaire de par les végétaux présents et la structure du sol, empêchant donc une partie des nutriments de se rendre des eaux de ruissellement à l’étendue d’eau visée par le traitement. De plus, les bandes riveraines stabilisent les berges et limitent donc l’érosion et les glissements de terrain. Ceci est, bien sûr, sans compter la création d’habitats naturels nouvellement disponibles pour la faune et la flore locale. Si vous n’habitez pas près d’un cours d’eau, vous pouvez aussi faire des gestes pour contrer l’apparition de fleurs d’eau de cyanobactéries. Effectivement, vous pouvez éviter d’utiliser tout détergent phosphaté pour lave-vaisselle ou tout autre produit contenant du phosphore. Vous pouvez aussi favoriser une entrée non asphaltée et perméable qui agira comme une bande riveraine en captant les nutriments dans la terre. Évidemment, l’épandage de pesticides et fertilisants est déconseillé, car ces derniers ont une haute teneur en éléments limitant pour les végétaux. Somme toute, on constate qu’il n’y a pas de solution miracle pour contrer l’apparition de fleurs d’eau de cyanobactéries. La mise en place d’une bande riveraine peut être efficace pour retenir les éléments, mais les effets peuvent être limités si les sources anthropiques de phosphore et d’azote persistent. C’est donc là que les actions doivent être portées; un retour à de meilleures conditions ne pourra se faire sans un contrôle efficace des rejets de phosphore et d’azote. En attendant, tous les petits gestes pouvant aider la situation comptent… |